La disparition des Français de l’Est ontarien

Seaway News
La disparition des Français de l’Est ontarien

« Parfois, tu vois l'histoire se développer devant tes yeux. » (Whatifalthist, 2024).

Je vois l'extinction de la société française en Ontario. Elle se matérialise progressivement devant mes yeux. Je le sens dans mes os.

À Cornwall, j'entends des sombres récollections de la semaine française des années 70s. C’était une fête véritable. Une semaine complète célébrant nous et notre culture.

Ou bien la guignolée? Cette tradition a sûrement mille ans d'histoire allant jusqu'à la France médiévale. Je me suis fait raconter comment cette tradition était forte à Cornwall. Mais la vitalité de notre communauté s'est affaiblie depuis. Vous avez bien compris que la guignolée ne se célèbre plus.

Je n'ai jamais vécu cette vitalité. À mes yeux, toutes ces fêtes sont des fantômes. Des histoires de parents et grands-parents, sans jamais les avoir vécues moi-même.

Si vous avez grandi dans une famille très française, ceci pourrait être un choc. Quant à moi, c’est bien évident : plusieurs jeunes de ma génération sont vraiment des anglophones à cœur qui parlent français.

Ils parcourent l’école française, parlent français à la maison et avec les grands-parents.

Mais au fond des choses, s’ils avaient vraiment à choisir une langue (pour se défendre en cours par exemple), ils choisiraient l’anglais.

C’est de cette vérité que découle l’identité bilingue. Être Français ou francophone ne colle plus à la peau.

Oui, certes, ils sont Français à comparer aux Anglais. Mais, un jeune Franco-ontarien de Cornwall (ou de l’Est ontarien) face à un Québécois se sentirait mal à l’aise, son français boiteux. Il paraîtrait comme un anglophone.

Qu’est-ce qui s’est passé? D’un, on a cessé d’avoir des enfants (chute de fertilité massive). Avant, on avait des grosses familles de douze. Astheure, on est chanceux que les jeunes se marient du tout. Notre taux de natalité est en dessous du seuil de remplacement de 2.1 et ça, depuis des décennies. La démographie crée le destin et nous courrons vers l’extinction.

Deuxièmement, j’observe un affaiblissement de notre identité et cohésion comme peuple. À ma connaissance, nous sommes un des peuples qui a changé de noms le plus souvent. De Canadiens (au sens des Français) à Canadiens français à Franco-Ontarien en 3 générations. Au point tel que nous ne savons plus comment s’appeler. Nous avons laissé s’effilocher notre tissu civique.

Cet affaiblissement engendre le troisième facteur sonnant le glas : une croissance de l’exogamie. Car même si un jeune finit par se marier, il est probable qu’il marie un anglophone. Selon l’excellent article « L’expansion des langues » par Jacques Leclerc de l’Université de Laval, l’exogamie serait le facteur le plus important dans l’assimilation des francophones au Canada.

Nous, Français, devenons de plus un plus marginal, sans importance dans notre patrie. Nous prenons de moins en moins de place, faisons de moins en moins de bruit.

La situation est plus grave qu’on l’admet. Les jeunes sont plus Anglais que montrent les apparences. C’est ainsi pour ça qu’ils ont peu de réflexes à chercher la culture française par les livres, les journaux, et que celles-ci meurent à petit feu. Ils éprouvent une certaine aliénation et difficulté à y participer.

Je crains que je voie la fin d’une certaine viabilité francophone dans notre région. Que la difficulté accrue de repérer des services en français va s’empirer et devenir une impossibilité.

Bref, je crains qu’on disparaisse dans un avenir proche.

Wesley Morris-Laviolette,
Cornwall

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